UNE CHATELLENIE FORÉZIENNE

IMAGE : MORDILLO / Opus 2 / 1978

Texte issu des travaux de Jacques BARBIER-ROBERTET & Paul CHATELAIN – 1969

XIIème siècle / Naissance du Château

C’est en 1173, dans un accord de remembrement homologué par une Bulle du pape Alexandre
III, que , pour la première fois, figure le nom CERVERIA ; par ce traité signé entre Guy II et
l’archevêque Guichard, le Comte du Forez reçoit le titre honorifique de « Chanoine de Lyon »
et, en échange des terres qu’il possédait au delà du Rhône, il devient maître absolu de tout le
Forez, dont les limites territoriales sont bien fixées. Le texte précise en particulier : « Ab
Ulfeiaco usque ad CERVERIAM, et a CERVERIA usque ad Thiernum » (d’Urfé à Cervière et
de Cervière à Thiers). (Extrait du Livre des Compositions des Comtes de Forez, 1173)
Il était normal que cette limite territoriale, dont l’intérêt stratégique est évident, devienne le
siège d’une place forte.
De fait, c’est dans un document de 1180, signé par Guy II, qu’on relève : « Anno quo
Dominus Guigo, Comes Forisii, castrum CERVARII cepit aedificare » (en l’année 1180, où le
Seigneur Guy, Comte du Forez, commença à construire le château de CERVIERE).
Par ce document, Guy II, redoutant les incursions de ses puissants voisins, sur cette frontière
mal défendue, au moment où il s’apprête à partir pour la Troisième Croisade, conclut avec
Hugues, Seigneur de Rochefort, une « ligue offensive et défensive » de protection mutuelle.

XIIIème siècle / Croissance de Cervières

Dès le début du XIII e siècle, une intense activité se manifeste sur la butte de Cervières ; on voit
se constituer trois centres de peuplement, qui évoluent parallèlement, en interférant les uns sur
les autres : le château – le bourg – la ville.
LE CHATEAU
C’était une puissante forteresse, accrochée à la falaise granitique qui lui servait de défense
naturelle.
Au point culminant, sur la « motte » formée par l’éperon rocheux abrupt dominant d’une
cinquantaine de mètres les autres bâtiments du château, se dressait le puissant donjon
circulaire, large de 20 mètres, haut de plusieurs étages, couronné de « postes de guette ».
Au sommet, flottait la bannière du Forez « de gueule à un dauphin d’or ». Bien défendu par la
falaise sur trois côtés, le donjon restait exposé à l’Ouest ; c’est sur ce flanc qu’il est protégé
par une muraille épaisse de 3 mètres (la « chemise »), que renforcent des fossés profonds et
des ouvrages de défense (lices et barbacanes) dont les reliefs restent encore décelables, malgré
l’érosion et le nivellement, sur toute l’étendue de l’actuel champ de foire.
Au dessous de lui, tout le long du flanc Sud, s’étageaient jusqu’au pied de la falaise des
bâtiments d’habitations ; en haut ceux où résidaient le châtelain, ses proches et ses hommes
d’armes ; en bas, les logements pour la garnison ou les serviteurs, la chapelle, les greniers, les
écuries. L’ensemble du château (la « baille intérieure », couvrant près de 5000 mètres carrés)
était entouré d’une enceinte fortifiée, grossièrement hexagonale, flanquée de plusieurs tours
rondes. Le mur d’enceinte, couronné de créneaux, percé de mâchicoulis, supportait sans doute
des constructions en encorbellement (hourds) reliées par une galerie de circulation (aléoir). Deux portes s’ouvraient dans cette enceinte : une petite, au pied de la falaise, la Poterne (ou
« poterle »), une grande, à flanc de colline, faisait communiquer le château et le bourg.
LE BOURG
Accolé sur le flanc Nord du château, protégé du vent par le sommet du piton, le bourg était
composé de petites maisons, serrées les unes contre les autres, autour de la « rue principale »
ou « grande rue », conduisant de la Porte du château ou Porte « des Combes », à la
Grand’Porte ou « Barrière » du bourg, flanquée de deux tours.
Le bourg était lui-même entouré d’une enceinte fortifiée, prolongeant celle du château pour
ceinturer la « baille extérieure », flanquée de courtines et bordée par un fossé. Deux petites
portes s’ouvraient, l’une à l’Est sur un pont franchissant le fossé pour se continuer par des
sentiers le long de la falaise, l’autre à l’Ouest vers la campagne. On la fermait, la nuit, par une
grosse barre, dont les traces sont encore visibles.
Des ruelles, étroites et sinueuses, parcouraient le bourg, l’une dite « rue de la Cordonnerie »
(carrera vocata cordoanera) montait vers le donjon, l’autre descendait vers la porte du pont.
LA VILLE
La « ville » (elle ne devait pas dépasser, à l’époque, 700 à 800 âmes) s’est développée
progressivement au-dessous du bourg, en fonction du grand chemin d’Auvergne.
Celui-ci, passant au hameau de l’Etrat, au pied de la butte, détachait un raidillon qui montait
vers la petite bourgade, et qui est resté l’artère principale du village actuel.
On retrouve, sur le plan, la placette triangulaire sur laquelle s’ouvre la barrière du bourg, la
rue marchande qui est le centre de l’agglomération et la rue de la barre qui donne sur la
campagne. Là se dresse la halle, bâtie à la fin du XII e siècle, et l’église, déjà citée en 1287.
Ce n’est que plus tard que la ville atteindra son plein développement et se ceinturera, à son
tour, de remparts ; mais, déjà, toute une activité commerciale et rurale se dessine.

XVIIème siècle / Destruction du Château

La destruction du Château serait survenue vers 1637.
On sait que Richelieu, défendant le pouvoir royal contre les féodaux sans cesse en rébellion,
et en conspiration avec l’étranger, s’efforce de les abattre, de leur « rogner les ongles »,
comme il dit, en démantelant leurs forteresses.
Il aurait désigné lui-même, lors d’un voyage qu’il accomplit dans le Centre, les places fortes
de la région destinées à périr.
L’ordonnance de Louis XII précise « que les fortifications soient rasées et démolies, les fossés
comblez, et même les anciennes murailles abattues, avec privation de tous les privilèges
desquels la dite forteresse a ci-devant jouy ».
Seuls sont respectés les remparts et les tours de la ville dont la garde est confiée à la milice
municipale.